COSMOGONIES ET PHILOSOPHIE DE COSMOLOGIE

par | Déc 2, 2024 | Philosophie de cosmologie | 0 commentaires

Chers poissons rouges,

C’est avec grand plaisir que je vous retrouve pour cette série d’articles consacrée à cette discipline bien curieuse pour beaucoup d’entre vous !

Avant de reprendre la balade en cosmogonies entamée dans le premier chapitre, PRG souhaite vous emmener en « philosophie de cosmologie ». Ces va- et -vient traceront le fil conducteur de la discipline car comme j’ai pu l’écrire, cosmogonies et philosophie de cosmologie forment un méli – mélo forgé par l’entrelacement des lois de la nature et des grandes questions philosophiques …

Quelques rappels sont nécessaires ; Retour en arrière et examinons brièvement le contexte, les étapes du développement de la cosmologie scientifique et les problèmes philosophiques liés à ces conceptions de l’univers.

La cosmologie, qui est donc l’étude de l’univers, est une science qui aborde l’univers comme un système physique, et, en tant que telle, soulève de nombreux problèmes philosophiques en traitant de questions comme « quel est l’âge de l’univers ? » « L’univers est-il fini ? » « L’univers est-il né à partir de rien ? » et également « s’il était différent, serions-nous là pour en parler ? »

On lui a longtemps refusé le statut de science car elle intervenait jadis sur un terrain réservé aux mythes, aux religions et à bien d’autres systèmes métaphysiques. Si ce n’est désormais plus le cas, on doit quand même se demander si l’on peut admettre n’importe quelle hypothèse en accord avec les récentes observations ou bien même qu’elle est la limite entre spéculations scientifiques et spéculations philosophiques.

La cosmologie est singulière dans le sens où elle étudie un objet dans lequel prennent place tous les phénomènes physiques ; cet objet, l’univers donc, n’est pas manipulable et on ne choisit pas les conditions dans lesquelles on l’observe. Ensuite, il est unique ; il en existe peut-être d’autres mais nous ne pouvons en observer qu’un seul : le nôtre. Enfin, un problème de taille, nous sommes observateurs à l’intérieur de lui-même que nous étudions ; ici réside la principale problématique car nous sommes une partie de l’objet étudié et comme nous en faisons partie, il est difficile d’avoir un point de vue global.

Ces caractéristiques font que cette science a une histoire particulière avec des questions philosophiques bien spécifiques. Et c’est ainsi que l’on pensa pendant bien longtemps que l’étude de l’univers était impossible et que l’on ne pouvait le décrire que par des théories non scientifiques avec l’émergence de mythes, de religions et d’idées philosophiques fondées sur la métaphysique, sans pouvoir donc faire d’expérience sur cet objet.

Mais au début du vingtième siècle, cette cosmologie dites mythique fondée sur des discours non – scientifiques a laissé place à une cosmologie scientifique grâce à l’apparition d’une nouvelle théorie de la gravitation : la relativité générale. A partir des années 1940, se développe une théorie cosmologique sur l’origine de l’univers, la théorie du big bang. Désormais, l’évolution accélérée des découvertes et des principaux champs de recherche qui en découlent soulèvent d’importantes questions philosophiques.

REPRESENTATION GLOBALE DE L’UNIVERS EN COSMOGONIE MYTHIQUE 

Cosmogonie : du grec « gonie » = origine ET « Kosmos » = le monde et l’ordre

RAPPELS

Les discours mythologiques religieux et métaphysiques décrivent le monde dans sa globalité.

La plupart des récits ont pour but d’expliquer l’ordre naturel de l’apparition de l’univers à partir du chaos, ensemble désordonné, soit à partir de la volonté d’un pouvoir surnaturel comme la Genèse dans la bible.

HESIODE décrit l’origine du monde dans un récit (THEOGONIE) qui évoque l’origine des dieux :

Tout d’abord le Chaos, puis la terre, l’olympe et le sombre tartare sous la terre.

Vous avez bien compris chers poissons rouges que ces cosmogonies se proposaient de décrire la structure globale de l’univers en essayant d’expliquer les phénomènes naturels à partir de forces naturelles qui ont façonné le monde … En ce sens la cosmologie scientifique est une forme de cosmogonie.

Cependant, si les cosmogonies mythiques partent de l’ordre de l’univers pour expliquer les phénomènes naturels, la cosmologie scientifique part des phénomènes naturels pour expliquer la structure de l’univers et procède selon une méthode inverse.

La méthode pose malgré ce un problème majeur : comment être sûr que les lois scientifiques s’appliquant à des systèmes particuliers puissent s’appliquer aussi à l’échelle de l’univers tout entier ?

NAISSANCE DE L’ASTRONOMIE

Dans un lointain passé, cette « cosmologie » était donc fondée sur l’observation du ciel et des astres. Cette astronomie est une des disciplines les plus anciennes de l’humanité ; à titre d’exemple :

Les babyloniens prédisaient les éclipses,

Le grec HIPPARQUE développa les mouvements des astres, ciel et lune notamment.

PLATON formule le principe selon lequel on devait rendre compte du mouvement apparent des astres.

ARISTOTE décrit les planètes comme des sphères avec des mouvements uniformes et circulaires centrés sur la terre.

PTOLEMEE perfectionna le tout en décrivant la structure de l’ensemble en combinant les mouvements circulaires.

LA REVOLUTION SCIENTIFIQUE COMMENCE DANS LES CIEUX

Durant la plus grande partie du bas moyen âge, la représentation de l’univers reposa sur une représentation géocentrique, c’est-à-dire avec la terre au centre de l’univers et tous les astres lui tournant autour.

Nous avons ensuite que peu d’informations sur l’évolution de l’astronomie depuis PTOLEMEE, et il fallut attendre le 15ème siècle avec les écrits philosophiques de NICOLAS DE CUES puis le 16ème siècle avec COPERNIC et sa « révolution copernicienne » pour que celui-ci bouleverse la vision de notre système solaire avec une conception héliocentrique mettant le soleil au centre de l’orbite des planètes en lieu et place de la terre. Un long processus s’enclenche alors et cette révolution scientifique permet de passer d’un cosmos fini à un monde sans limite, avec les travaux des « intervenants » que l’on nommerait aujourd’hui « LA DREAM TEAM », et dont les principaux acteurs furent, sans exhaustivité, TYCHO BRAHE, JOHANNES KEPLER, GALILEO GALILEI, GIORDANO BRUNO …

Copernic

LA COSMOLOGIE SCIENTIFIQUE A PARTIR DES 17ème et 18ème SIECLES

La théorie de la gravitation universelle d’ISAAC NEWTON permettra d’apporter une réponse relative aux positions des objets célestes, notamment dans le conflit opposant géocentristes et hélio centristes. A la fin du 18ème siècle, il est acquis que le soleil n’est qu’une étoile parmi d’autres au sein d’une galaxie, la voie lactée.

Un des faits marquants de ce siècle finissant concerne le philosophe EMMANUEL KANT. Au-delà des trois domaines kantiens que sont la philosophie de la connaissance, philosophie pratique et esthétique, KANT portera un intérêt non négligeable à la cosmologie. Il soutenait l’hypothèse de la formation des systèmes solaires dans les nébuleuses et développa l’idée d’univers – îles tout en affirmant que la voie lactée était sûrement un corps en rotation composé d’un nombre immense d’étoiles liées entre elles par la gravitation. Pour le philosophe, la connaissance scientifique devait reposer sur l’expérience d’une représentation dans l’espace et le temps et donc qu’on ne pouvait pas représenter le monde, en tant qu’ensemble de tous les phénomènes dans l’espace puisqu’on ne pouvait représenter qu’une petite partie de cet ensemble.

LA RENAISSANCE DE LA COSMOLOGIE SCIENTIFIQUE AU 20ème SIECLE

L e tournant majeur de l’histoire de la cosmologie moderne repose sur les travaux d’ALBERT EINSTEIN et la fameuse théorie de la relativité générale. Celle-ci prend à contrepied la théorie de la gravitation newtonienne et de la philosophie de KANT.

Que dit-elle ? Elle ne considère pas que l’espace et le temps soient des réalités connaissables à priori mais A POSTERIORI.

Si des connaissances le sont à priori, comme le théorème de PYTHAGORE, indépendamment de toute expérience, d’autres connaissances demandent à être expérimentées.

Et c’est ainsi qu’il sera mis fin à l’idée que l’espace soit connu à priori ; à titre d’exemple, ALBERT nous expliquera que le plus court chemin entre deux points dans l’espace n’est pas forcément la droite, assertion connue « à priori », mais une courbe née de la déformation et de la courbure de l’espace par les masses qui s’y trouvent. L’espace – temps est devenu une réalité physique engendrée par les corps qui s’y trouvent, mais aussi un objet expérimental devenant la structure globale des phénomènes physiques.

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A SUIVRE DANS UN PROCHAIN ARTICLE

Chers poissons rouges, il faut continuer à nager …

Soit poursuivre, avec discernement et à bon escient !

Les thèmes du présent article devant connaître de longs développements, PRG propose de vous retrouver pour une suite qui sera traitée dans de nouveaux chapitres !

Il sera vu successivement : la mise en lumière de l’expansion de l’univers, la théorie du big bang rivale de la théorie de l’état stationnaire, la nucléosynthèse primordiale en lien avec un univers en expansion, la théorie de l’inflation, la scientificité des théories selon KARL POPPER, le fonds diffus cosmologique et la « mise à mort » de l’état stationnaire, la cosmologie actuelle et ses enjeux philosophiques, le principe anthropique, qu’il soit fort ou faible, et la théorie du multivers qui en découle.

Mais aussi quelques lignes sur la « crise actuelle en cosmologie » se traduisant par des paradoxes, des incompréhensions, des questionnements sur la matière noire, sur la disparition de l’antimatière, sur l’énigme concernant les mesures de la vitesse d’expansion de l’univers qui varient selon JWST et le rayonnement fossile, la détermination de la constante de HUBBLE – LEMAITRE … etc.

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